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Un texte de Thomas Pourchayre lu par Manu Grimo

Tire, et tout viendra, lui disait son père. Qu’il tire et il arracherait le poisson à la mer. Qu’il tire et il aurait sa victoire. Il lui fallait juste être patient.

Mais le poisson se refuse. Les éléments se liguent contre lui. Quoi qu’il entreprenne, dans un combat de plus en plus acharné, il échoue.

Renoncer lui est impossible. Car renoncer ce serait mourir. Alors il s’obstinera. Jusqu’au bout.

Dans ce texte, à la construction évoquant celle du poème, Thomas Pourchayre tend le fil de l’obsession. Une obsession « héroïque », jusqu’au-boutiste qu’il nous livre sur le mode du discours intérieur. En écho à la voix omniprésente du père, son personnage s’adresse à lui-même d’un « Tu » dont, tour à tour, il s’interpelle, s’accuse, se réconforte. Un « Tu » lancinant, qui résonne tel le martèlement d’une marche implacable vers son but.

Avec Tire, et tout viendra, Thomas Pourchayre nous offre un texte puissant qui nous invite à une réflexion sur nous-même. Que nous racontons-nous pour avancer ? À partir de quoi, de qui ? Quelle énergie sommes-nous capables de lui mobiliser ?

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Thomas Pourchayre

Tire, et tout viendra. Je suis parti de ces mots, placés dans la bouche du père du personnage. Il y a dans ces mots quelque chose qui sonne à la façon de la vie c’est comme une dent, de Vian : la vie, il faut se l’arracher. Au-delà j’avais seulement en tête le souvenir du paysage d’un roman de Nick Cave : Et l’âne vit l’ange. Un roman tortueux, sanglant, aux références bibliques multiples.

L’écriture a pris le titre à contre-pied : rien d’arraché, au contraire. Un premier jet très libre, puis de patients ajustements pour arriver à un fil tendu d’obsession, qui vibre de la cacophonie intérieure du personnage. Tambouille perso de docilité et de rébellion.

Le texte a connu plusieurs mues. Il a serpenté à l’intérieur de son propre projet. Il s’est formé des versions courtes, d’autres beaucoup plus longues. La version publiée est plus proche des premières : il fallait privilégier ce fil, justement, ne pas l’amener à se distendre ou à s’effilocher.

Je suis heureux que 15K propose une version audio des textes. J’avais la conviction profonde que Tire, et tout viendra était né pour cela. Le discours intérieur du personnage, à la fois chaotique et logique, ouvre en version écrite sur plusieurs lectures possibles. La version audio impose des choix entre les voix et voies, même si des ambiguïtés restent possibles ; en revanche, elle ramène en surface la composante émotionnelle, plutôt sous-jacente dans l’écrit.

Le sens de ce texte ? C’est un regard latéral sur le texte de Vian que je mentionnais précédemment... Quand on cherche à arracher, il arrive que l’on soit arraché... Mais bref, ce qui m’intéresse plutôt c’est le discours intérieur : c’est ce que tout-un-chacun se raconte à lui-même, de bout en bout, au fil de son histoire.

Tire, et tout viendra a été écrit en parallèle d’un recueil de nouvelles, Les chapeaux. Il cavale actuellement vers quelques maisons d’édition. Tire, tout viendra aurait pu y trouver sa place mais j’ai suivi mon intuition : il m’a semblé que son rythme propre et la confusion intérieure du personnage principal n’auraient pas fonctionné avec le développement des autres textes.

Si je devais mettre en musique Tire, et tout viendra... Juste retour des choses je commencerais par un morceau de Nick Cave. Les premiers accords de Papa won’t leave you, Henry m’apparaissent tout-à-fait indispensables. Et puis, sciemment à contre-emploi, un chant de nativité espagnol, Los Peces (avec la voix de Lhasa de Sela ou de Chavela Vargas). Il me semble que je pourrais recourir ensuite à Lie to me de Tom Waits, avec ce rythme et ce grondement diaboliques. Et pour la chute, le glaçant Pauvre Martin de Brassens.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Manu Grimo

Tout d’abord dire. La force de l’univers de l’auteur. La beauté de sa poésie, et un travail d’écriture sonnant d’allitérations et de consonance. Une belle surprise, comme une pomme craquante et acidulée ou un poisson aux écailles arc-en-ciel...

Ensuite lire. Dans différentes situations. À des moments particuliers de la journée. Et gratouiller, étirer, surligner, noircir les marges.

Puis surtout laisser reposer. Attendre. Faire autre chose, laisser le tiroir tout de même entrouvert, dans un coin de la tête.

Et enfin revenir neuf, sur une feuille propre, se laisser prendre. Se laisser envahir. Sans trop savoir.

Tout de même, je dois vous avouer que le personnage central m’a plus qu’intrigué, bouleversé. C’est peu dire que d’entrer dans ses souvenirs, dans ses questionnements m’a permis d’avoir un écho sur ma propre enfance mes propres souffrances.

Quelle puissance que l’image de ce père ! Quelle importance pour l’enfance ! Quel héritage pour l’homme adulte ! Cette nouvelle m’a semblé être une course contre la montre. Une fuite. Comme si la raison se noyait malgré tout.

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