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Tire, et tout viendra
Lu par : Manu Grimo
Paru le : 01/06/2017

Tire, et tout viendra, lui disait son père. Qu’il tire et il arracherait le poisson à la mer. Qu’il tire et il aurait sa victoire. Il lui fallait juste être patient.

Mais le poisson se refuse. Les éléments se liguent contre lui. Quoi qu’il entreprenne, dans un combat de plus en plus acharné, il échoue.

Renoncer lui est impossible. Car renoncer ce serait mourir. Alors il s’obstinera. Jusqu’au bout.

Dans ce texte, à la construction évoquant celle du poème, Thomas Pourchayre tend le fil de l’obsession. Une obsession « héroïque », jusqu’au-boutiste qu’il nous livre sur le mode du discours intérieur. En écho à la voix omniprésente du père, son personnage s’adresse à lui-même d’un « Tu » dont, tour à tour, il s’interpelle, s’accuse, se réconforte. Un « Tu » lancinant, qui résonne tel le martèlement d’une marche implacable vers son but.

Avec Tire, et tout viendra, Thomas Pourchayre nous offre un texte puissant qui nous invite à une réflexion sur nous-même. Que nous racontons-nous pour avancer ? À partir de quoi, de qui ? Quelle énergie sommes-nous capables de lui mobiliser ?

Ah...

Tu veux jouer ?

Tu es sûr ?

Tu veux vraiment... pêcher dans la mare ?

Vas-y... avait lâché ton père, les épaules basses découragées.

Il mastiquait nerveusement un chewing-gum épuisé, et ses yeux vitreux louchaient de côté sur deux corbeaux agglutinés dans son ombre. Il soupirait constamment.

Tu verras, tous les plus grands rêves s’effilochent.


Autour de la mare se couchait un paysage sans relief qui ouvrait sur une infinité de fuites possibles. Hélas aucune n’offrait au regard une caractéristique remarquable, attrayante ou non, susceptible de justifier un tant soit peu de la choisir.

Il n’était pas question de choisir, de toute façon.

Au sol rampait une végétation terne, hérissée par les vents violents, et dans le ciel les nuages se précipitaient en permanence comme des moutons noirs affolés.

Tout était là, même notre maison. Une porte sur la façade la plus étroite, quelques fenêtres sans symétrie évidente. Les volets d’en haut, gris, étaient toujours fermés, nous dormions derrière ; de ceux d’en bas ne subsistaient que des gonds épais et rouillés où pendaient de vieilles ficelles.


Dans la mare il n’y avait rien. Rien que de l’eau et des galets anthracites que tu ramassais et lançais de temps à autre sur les deux corbeaux, sans appeler le moindre commentaire de ton père.

Vas-y... avait-il répété. Et il avait vidé dans la mare, sans douceur, un seau rempli de poissons rachitiques et souffreteux. Quelques minutes plus tard la moitié nageait déjà sur le dos. Tu t’étais dit que, peut-être, c’était de ta faute. Que tu n’avais pas fait assez vite.

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